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Ah, ces bilans dont je parle presque chaque année sans jamais les faire. C’est chiant les gens qui tiennent pas leur promesse, tu trouves pas ? En 2014, je ne me suis pas souhaitée devenir la reine du pétrole, je n’ai pas sérieusement voulu arrêter de fumer, non en 2014, j’ai décidé de m’offrir un truc qui allait vraiment me servir, je me suis forcée à regarder les choses en face.

Je te préviens c’est brutal quand tu commences et que t’as pas les cheat codes. J’ai jeté un œil à ma vie et plus particulièrement au poste «PARENTALITE » et j’ai vu qu’il faisait cruellement la gueule. J’ai jeté un œil au poste « VIE PROFESSIONNELLE » et j’ai vu que lui aussi faisait cruellement la gueule. Alors j’ai imaginé mes enfants et ma non-carrière accrochés au bord d’un précipice : qui sauver ?
Une vocation moins rentable que celle de ces enfants marocains obligés de travailler en métallurgie ou les fruits de mes entrailles, dont l’un a les dents de traviole et l’autre un léger bégaiement ?
Face à de pareils dilemmes, j’aime à penser qu’il faut se poser la vraie question, en l’occurrence What would Charles Ingalls do ?

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Car oui, je pense que la vie devrait davantage ressembler à un épisode de La Petite Maison dans La Prairie, ce qui fait non seulement de moi une téléspectatrice fragile mais plus largement une vraie gentille pour qui le cynisme ambiant est à l’âme ce que les sushis Lidl sont à l’estomac : l’assurance d’une intoxication alimentaire.

Le choix était simple une fois le précédent constat accepté, entre écrire des conneries et m’occuper de mes têtes blondes, les poux ont gagné. Je me suis jetée corps et âme à leur service. C’était chiant mais au moins, ça a servi. Je pourrais dire que ça a payé mais même pour moi, ça serait une très mauvaise vanne.

Mes revenus se sont donc énormément résumés aux Allocations Familiales et je tiens à les remercier pour leur 129€ et des cuivres mensuels puisque Pute, moderne et résolument féministe, ne croit pas à la solution du compte-joint et vomit le régime de la communauté de biens. Une fois payés mon portable, ma connexion internet et des agios d’enculés, il me restait que mes yeux pour pleurer ou mes poches pour carrave. Concrètement, la seule chose qui me sépare de la rue, c’est mon livret de famille.
Les hommes modernes, ils te laisseraient crever la dalle au nom de l’égalité des sexes, ces rageux.
Alors tu vas me dire « Oui mais tu es auteure, qu’est-ce que tu fais de ça ? »

Permets-moi de t’arrêter tout de suite et de me gausser affreusement. J’exagère à peine en disant qu’auteur – de façon concrète – c’est à peu de choses près comme être constamment dans le besoin, pour pas dire SDF : tu regardes les gens passer et t’as beau écrire que t’as faim, personne te file de thunes. Alors j’en conviens, je le fais pas sur un carton dans la rue et le froid, je le fais par email et au chaud mais exemple au Bénin, ils font exactement la même chose et ça s’appelle tes spams.

Et puis c’est pas comme si mes enfants ne méritaient pas que je me consacre à eux pour une fois, pas comme si j’avais fait des études, c’est pas comme si j’étais journaliste ou si j’avais un emploi alimentaire.
Non, je vis de ma plume et apparemment, c’est celle d’un pigeon.
En plus, je suis nulle pour me vendre donc je n’entretiens aucun réseau ; professionnellement, j’attends que les gens viennent à moi. Auteur-scénariste : ça relève du vœu de pauvreté.
Pour finir ma métaphore, je suis non pas une pute mais une cloche avec un caddie plein de merdes à qui seuls les bons paroissiens donnent l’aumône. Tu vois Kezia Horn ?

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Ainsi entre amalgames douteux, institutrice à l’orthographe aléatoire, sorties scolaires et cours de cirque est arrivé Noël.
Tu te doutes bien que d’ordinaire, je préférerais faire ma toilette intime à l’acide sulfurique plutôt que de fêter Noël dans la joie et la bonne humeur et d’ordinaire, j’ai l’habitude de blâmer le manque de lumière et la lignée de dépressifs dont je descends plutôt que de m’avouer être la victime banale, frustrée et consumériste d’un marchand de soda à qui je file paradoxalement 42% de la thune qui me passe entre les doigts.

Seulement 2014 n’était pas une année d’ordinaire aussi, bien que pauvre comme jamais, je me réjouissais à l’idée de fêter Noël dans la plus stricte tradition ; celle de l’amour et du partage.
À Pute qui se grattait le ni-ni* en regardant RMC Découverte, j’ai dit :
VF : Cette année, t’as pas besoin de m’offrir quelque chose. J’ai tout ce dont j’ai besoin. Vous.
Il a glissé du canapé et ses yeux se sont soudain embués.
P : Tu déconnes pas ?
VF : Non.
P : Tu peux pas… savoir… ce que ça me fait… plaisir ! a-t-il articulé, sa main au cœur.
J’en ai déduis que je venais de dire un truc formidable et que Pute était très fier de moi.

Je suis d’une niaiserie, parfois, ça m’achève.

Anybref, comment essayer de communiquer l’esprit de Noël à mes petits bâtards consuméristes ? Le véritable esprit de Noël, celui de Laura Ingalls, quand elle vend son cheval à Nelly Olson pour offrir un poêle à sa mère. C’était pas loin avec Culculine qui chantait en boucle: Il fait froid! C’est l’hiver! Pourtant je suis heureux! Tout au fond de mes yeux, regarde cette lumière!

Mais j’ai pas trouvé. Si tu sais toi, dis-moi explique-moi, mais j’ai pas trouvé.
Alors j’ai volé des jouets, oui.

Si Lego nous hurle dans les oreilles que TOUT EST SUPER GENIAL, je me sens autorisée à bébare une mallette Playmobil.

Le matin de Noël donc, je bavais sur le canapé du salon quand les enfants ont dépouillé leur 151 cadeaux offerts way too generously par ma belle-mère… et Pute qui rappelons-le, comme en matière de sexe, jouait plutôt perso cette année.

J’ai zieuté le sapin et j’y ai vu une absence de cadeau à mon encontre. J’ai zieuté Pute :

VF : J’ai quand même été super sage cette année… Il manque rien ?
Pute : Quoi ?
VF : Ben je suis confuse. Je te supplie 6 jours par semaine de te secouer avant de rentrer dans l’appart plein de copeaux, autant pisser dans un violon mais quand il s’agit de ne pas me faire plaisir, là tu le prends vraiment au pied de la lettre.
Pute : Moi je croyais que c’était une façon pour toi de me faire le cadeau de ne pas avoir à te trouver une merde.
VF : …
Pute : C’est toi qui as dit que tu avais TOUT.
* en anglais the taint, Weeds 1.5 Lude Awakening

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