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Il est minuit. Hier, aujourd’hui, je suis pleine de fiel ; après avoir manifesté un franc ras-le-bol vis-à-vis de la Marche Républicaine sur mon mur facebook tout en pestant contre tous ces épileptiques du selfie, tout sourire, comme s’il relevait de la bravoure d’être là, s’appropriant ces morts pour conserver le droit de dire ses petites conneries personnelles tout en y accolant sa tronche satisfaite. D’accord.

Ça doit être vrai, je suis pleine de fiel. C’est en lisant l’interview de Luz sur le site des Inrocks que j’ai pris la décision de ne pas marcher. J’avais moi-même retweeté un dessin représentant les morts de Charlie devant Saint-Pierre ou je sais plus quel chrétien de merde, quelle connerie.

C’est après avoir suivi en direct, pour la première fois – moi qui ne me tiens JAMAIS au courant de l’actu, je peux pas regarder un journal télé sans me mettre à hyper-ventiler comme une truie, je filtre les choses comme ça depuis… Putain je sais plus – bref après avoir suivi sur Twitter la journée du sept janvier dernier, après avoir vu malgré moi la vidéo du keuf qui supplie « C’est bon, chef » avant de se la prendre dans la tronche. Après tout ça, Vincennes. Les 2000 morts du Nigeria, effacés par l’ampleur de la tuerie de Charlie Hebdo. Effacés par la bouche anale de Marine Le Pen. C’était trop. Beaucoup trop de tout, dans tous les sens.

Tous, droite gauche cul con, réunis sous l’étendard sanglant de la Liberté.

What the fuck?

Sonnée de constater une telle mobilisation pour défendre la Liberté d’Expression quand je me souviens ne serait-ce que de la non-intervention générale en RDC, et ailleurs, là où il n’est pas question de mourir pour avoir dessiné mais de servir d’arme de guerre pour avoir le malheur de naître femme, alors l’ouvrir?

Moi, je pensais qu’en France, question liberté d’expression, on était plutôt pas mal. Et l’attaque d’un journal dans notre pays, si elle est inadmissible, à mes yeux ne saurait ébranler cet acquis fondamental.

Quelque chose cloche sans que j’arrive à mettre le doigt dessus. Pourquoi exactement ce ralliement unilatéral ?

Elle n’avait plus de sens concret pour moi, cette marche, à force de prendre tant de directions différentes: lutte contre le terrorisme, contre le racisme, contre l’obscurantisme, à qui défendant un acquis à l’Ère où on twitte sa moindre envie de pisser, un pays dans lequel un nombre incalculable de conneries sont dites et dans ce grouillot je place les miennes, lisibles, incontournables, à qui de souiller la rue pour promouvoir la peine de mort. Brochette de chefs d’états aussi dépareillés que le noir et le marron, 1/100 000 ça fonctionne. Aucune envie d’être là-bas.

Je n’étais pas à Paris hier. Je n’ai pas vécu l’émulation, les élans de solidarité, les belles choses qui se sont produites. J’ai vu des photos de la foule sur Twitter, des photos magnifiques et puis beaucoup, beaucoup de selfies, de gens souriants à pleines dents, pétés de fierté. Pour quoi au juste?

Je sais pas, comme je te disais, j’étais pas là.
Il est dix heures.

Hier soir j’ai partagé cet article sur facebook, s’ensuivirent une rafale de commentaires indignés. Comment, nous sommes cons d’avoir marché ?
Absolument pas, mais tu peux aussi être triste chez toi.
J’ai écrit avoir trouvé cette marche d’une vacuité solide, j’ai récolté des tartes dans la gueule.
Une relation de travail, en MP, m’a demandé en quoi je me sentais concernée par tout ça, m’a dit que j’étais pleine de fiel. C’était vrai, mais comment ne pas l’être ?
Et comme une conne, comme la bonne grosse conne que je suis qui ne veux pas qu’on la déteste, qu’on la méprise, qui veut être aimée, juste ça : j’ai supprimé toutes les publications relatives à ces derniers jours de mon mur. Et comme ça ne suffisait pas à mes yeux, j’ai passé 45 minutes à supprimer mon compte facebook parce que c’est le temps que ça prend pour trouver ce putain de lien microscopique. De l’auto-censure de la plus belle beauté. Au temps pour la Liberté d’Expression.
Quelle conne.
Non mais vraiment quelle conne.
Pardonnez-moi de ne pas vous applaudir. De n’applaudir personne en réalité. D’être triste comme vous, pas de la même façon.
Nous sommes un VRAI pays de cons et à ceux qui m’ont fait me sentir si mal, je réponds ce que le français dit le mieux : allez tous vous faire foutre.

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