photo(29)« Ce serait vraiment bien de se voir »
Voici une phrase que je prononce et que j’écris souvent, d’ordinaire, sans pour autant mettre l’envie à exécution parce que quelque chose dans mes tripes bloque. J’aimerais nous voir mais au dernier moment la solitude tire sur ma laisse et confusément, sans comprendre, je m’isole et je me mets au coin. On me connaît donc comme une poseuse de lapin de première. Je ne suis pas une bonne copine, je n’arrive pas à entretenir correctement une relation amicale. Petite, j’avais peu d’amis et peu qu’ils étaient; Johanna, Fanny, un peu plus tard Julien, Iara, Mike il ne reste pour la plupart que des contacts sporadiques dont je suis l’entière responsable.
Je le regrette.
Bien sûr, je compte parmi mes êtres chers des fêlés fragiles de ma sorte pour qui les conventions sociales ressemblent à des portes Western et avec qui – malgré des mois de silence – nous pouvons avoir le sentiment de marcher l’un à côté de l’autre, merci Fred, Aurélie.

En ouvrant La Meilleure Façon de Marcher sur overblog en 2006, sur les conseils lourds et répétés comme des coups de bottin d’Aurélie, j’ouvrais un journal intime.
Il y avait peu de lecteurs, pendant de longs mois, seuls mes êtres chers avaient connaissance du site, j’écrivais sur ma vie de serveuse dans un restaurant catholique et familial et parisien du 20ème, coucou Silli. Je ne sais même pas si ce restaurant existe toujours, j’ai peur d’appeler. C’est Silli qui m’a appris le cancer de celle avec qui nous nous sommes données tant de fil à retordre, C. Mon ancienne patronne, une femme dont je n’aurai jamais la moitié du courage [ouvrir un restau avec une portée de huit] [non, pas des chiens, des enfants] de qui je me suis moquée et plutôt correctement. Même et justement parce que j’écrivais comme je la voyais.
Je le regrette.
Je suis tombée enceinte et j’ai quitté Paris, avec elle une énorme portion de moi-même.
Ici, je me suis sentie très seule. J’ai continué à écrire sur ma vie et dans ma vie à cette époque, il y avait ma belle-mère, ma plus grande source d’inspiration et de crises de nerfs.
J’ai eu un chouille plus de lecteurs, je me suis fait des connaissances web, des amis web; Laura, Frida, Gaelle. Des femmes qui comme moi écrivaient leur quotidien.
J’ai cherché du boulot, j’en ai trouvé au sein de l’Éducation Nationale pour en être éjectée en 48h.
Motif? Moquage sur toile. Mate l’artiste. Après, il y a eu la minute buzz et des milliers de lecteurs sont venus rejoindre les rangs de mes proches.

On se contrefout de mon anonymat tout relatif, il y a le devoir de réserve.
On se contrefout du recul relatif que je pensais avoir et qui me permettait de me moquer aussi et surtout de moi-même, on se contrefout de s’être fait marrer cinq minutes; je ne peux pas me servir d’une toute relative intelligence pour mettre les gens à nus sous couvert d’un pseudo et de surcroît essayer d’en faire mon bread.
C’est dégueulasse. J’ai voulu me faire une amie. Une fille que j’admire et que j’ai rencontré une fois. Pas plus. Elle n’a plus répondu à mes messages.

Je n’ai envisagé pourquoi qu’il y a peu.

Un jour; je me suis vue, mon blog, mes milliers de visiteurs et moi.
C’était pas beau à voir.
J’ai compris pourquoi je m’enlisais professionnellement, personnellement et moralement : hypocrite.
J’ai vu tout le mal que j’avais fait à la plupart de mes proches. J’étais soudain ce que je déteste le plus: malveillante. J’ai eu honte de moi et j’ai arrêté d’écrire. J’ai arrêté de relativiser mon quotidien.
Une dépression nerveuse grosse comme la lune.
J’ai compris que je ne savais rien de moi-même, alors des autres…

J’ai attendu et attendu qu’il n’y ait plus que des bots dans mes stats et des requêtes Google relatives à se la prendre dans le cul avant d’avoir le courage d’écrire ceci et que ça reste intime, lu par les gens concernés, mes proches.

Ne craignez rien, je n’ai rien gagné sur vous qu’une sacrée leçon.

Et pour celle-ci, pardon et merci.

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